L’ART SANS CONTACT ?

Nous avons sans doute découvert ces dernières semaines qu’une société « sans contact » humains construit un monde en manque de sensations, de sensibilités et de sens.

Cela est d’autant plus vrai dans les domaines de l’art et particulièrement pour les arts plastiques. A travers un « écran », la visite virtuelle d’un musée, contemporain, historique, ou d’un bâtiment du patrimoine ne peut remplacer la confrontation directe à l’œuvre, à sa dimension et à l’émotion qu’elle peut produire dans l’instant et dans le temps. Ainsi le raconte Pierre SOULAGES de sa rencontre et de sa découverte des statues menhirs du musée de Rodez.

« Lorsque pour la première fois j’ai vu les stèles gravées du musée Fenaille ce fut un choc. Ces pierres venaient de loin et allaient loin en moi.

Mais surtout je me suis senti proche de l’homme qui avait gravé ainsi, sculpté ainsi, plus que de cet autre dont l’ambition était la beauté antique.

Ces statues-menhirs nous atteignent indépendamment de l’époque et du lieu de leur création. Nous vivons dans une société différente et pourtant elles ont le même pouvoir de provoquer et de répondre a ce que nous investissons de nous même, maintenant. »

C’est bien une fonction de l’art d’être un outil qui permet de relier les humains dans une expérience commune, par une présence et un contact direct aux œuvres… Et c’est aussi le projet de l’Institut des Métiers de l’Estampe Originale de permettre cette rencontre entre artistes plasticiens, maîtres imprimeurs des ateliers d’estampe, amateurs, collectionneurs, étudiants des écoles d’art et publics scolaires à l’occasion de moment de créations et d’échanges partagés.

Mais c’est également par un « contact » intime et quotidienne, dès l’enfance, que pourra se construire, au-delà d’un savoir académique, une relation sensible à la création contemporaine et de percevoir celles-ci non comme une révélation mais comme un moyen de construire des émotions partagées. Et l’estampe de part sa possibilité de « multiple » et par son coût offre cette accessibilité à un plus grand public. Car comme nous le rappelle Jean-Michel ALBEROLA, l’art ne doit pas être réservé à une élite.

Dominique Jacomet président de FECIT PINXIT – 15 mai 2020